Résidence d\'artiste en milieux scolaire et éducatif

Résidence d\'artiste en milieux scolaire et éducatif

Introduction au colloque

 Pourquoi accorder à ce type de dispositif, la résidence d’artiste en milieu éducatif, cette importance centrale ? Pourquoi se préoccuper de l’éducation artistique, et plus précisément de l’art comme éducation de base, sous cet angle, celui des artistes en résidence ?

 


 Ce n’est pas seulement parce que ce type de dispositif est en France singulièrement développé, même si cette singularité mérite d’être relevée. Il y a une autre raison, plus profonde : le recours aux artistes, l’entrée des artistes dans l’école marquent un tournant dans l’histoire et la problématique de l’éducation artistique, dans l’histoire et la nature des liens entre l’art et l’éducation. Plus généralement, la part grandissante donnée à l’art et aux artistes, aux valeurs esthétiques témoigne d’un changement notable dans l’éducation et dans l’école contemporaine. Il s’agit d’un fait nouveau, qui fait sens dans l’école et pour l’école, mais concerne aussi l’art lui-même dans ses formes et statuts contemporains.

 

Et pourtant, l’intervention éducative des artistes, dans ses raisons et dans ses effets, demeure assez peu étudiée. Les travaux scientifiques dans ce domaine sont insuffisamment nombreux, et de surcroît mal connus, éparpillés, peu reliés et peu confrontés les uns aux autres.

 

 Le premier objectif de ce colloque est donc de rassembler et confronter les travaux scientifiques, sur le plan national et internationalconsacrés de façon directe ou indirecte aux résidences d’artistes. En milieu scolaire, éducatif, en premier lieu, mais aussi, plus largement, dans d’autres champs sociaux : hôpital, prison, etc. Certes, la résidence en milieu scolaire doit demeurer au centre ; mais elle gagnerait à être comparée à d’autres types de résidence. De même, on ne considérera pas ces résidences comme des faits relevant uniquement du champ de l’éducation (ou de l’intervention sociale), mais aussi comme des faits concernant l’art et les artistes d’aujourd’hui, concernant donc aussi l’art contemporain et son histoire, son esthétique, sa sociologie…

 

 Le second objectif est de proposer un panorama, sur le plan national et international, de la diversité des dispositifs et des expériences ou « expérimentations » dans le domaine et de les faire découvrir aux participants. En effet, les recherches, bien souvent, comme le montre d’ailleurs l’exemple du Centre Enfance, Art et Langages, sont liées à des dispositifs singuliers. Le cas de Project Zero, le laboratoire de recherche de Harvard consacré à l’art en éducation (et fondé rappelons-le dès les années 1960 par Nelson Goodman) le montre de façon plus institutionnalisée : les recherches portent sur des dispositifs et des programmes fédéraux (ou étatiques) mis en œuvre dans des lieux associés qui sont pour la recherche des sortes de « laboratoires ».

 

Le troisième objectif met en avant les « questions vives » que suscitent les résidences d’artistes. Il existe, à propos du thème retenu, les résidences artistiques en milieu scolaire, un certain nombre de débats, d’interrogations récurrentes, d’enjeux politiques, lesquels interfèrent inévitablement avec les interrogations qui se voudraient plus scientifiques. Le colloque prendra résolument en charge les débats au travers de tables rondes contradictoires, réunissant la diversité des acteurs concernés : artistes, enseignants, « médiateurs », chercheurs, politiques…

   

 

Axe 1. Résider ? Les enjeux des résidences d’artistes

 Coordination : Alain Kerlan (Université Lyon2, Laboratoire Education Cultures Politiques)

 

 Respecter strictement l’histoire des « résidences » d’artistes nous projetterait au XVIIème siècle, avec la Villa Médicis comme exemple emblématique. S’il ne s’agit pas ici de s’engager dans la recherche d’une filiation sans doute discutable de la résidence éducative et sociale, il n’en est pas moins nécessaire de situer les résidences d’artistes en milieu scolaire et autres dans les perspectives historique, sociale, politique et culturelle susceptibles d’en éclairer et expliciter les enjeux. Elles ont été conçues et se sont développées à la croisée des mondes de l’art, de la culture et de l’éducation, à un certain moment de leurs histoires respectives, et portées par des politiques éducatives et culturelles, voire sociales. Ce croisement, cette rencontre, le choix même de la forme et du terme de « résidence » - enveloppant l’institution éducative d’une aura esthétisante – constituent en eux-mêmes des faits majeurs dont le colloque se propose d’interroger les significations et les enjeux. Que cherche, que « gagne » l’école en ouvrant ses portes aux artistes ? Mais aussi : que vont chercher, que prétendent y apporter, les artistes qui s’y engagent ? Comment la « résidence d’artiste » participe-t-elle du statut de l’artiste contemporain, voire de l’art contemporain ? Quelle lecture peut-on en faire du pont de vue de l’histoire et de la sociologie de l’art ? Quelle lecture sur le plan esthétique ?

 

Sans cesser d’observer la confrontation de la « création » et de « l’action pédagogique » ou de l’intervention sociale dans la résidence éducative et sociale, on s’interrogera donc sur ce qu’implique et enveloppe ce terme de résidence, et sur l’ensemble des enjeux qu’il recouvre.

 

  

Axe 2. Les résidences d’artiste : une mise en question des quotidiens investis.

 Coordination : Jean-Paul Filiod (université Lyon 1-IUFM, Centre Max Weber)

 

La place des pratiques artistiques à l’école et leur lien avec l’éducation est, elle aussi, une question ancienne, à laquelle ont répondu divers dispositifs, essentiellement sur le mode de l’« intervention ». Le développement récent des résidences en milieu scolaire ou/et à vocation éducative et sociale interroge différemment ce rapport entre les institutions artistique et éducative, dès lors qu’il s’agit moins d’« art à l’école » que d’« art dans l’école », moins d’« art et éducation » que d’« art dans l’éducation ».

 

Émergeant d’un monde de l’art et des arts soucieux de nourrir et enrichir des institutions à caractère éducatif ou social, ces résidences d’artistes, si elles posent la question des frontières de l’activité et du travail artistiques, interrogent aussi l’école, et plus largement l’éducation dans son fonctionnement et son organisation spatio-temporelle.

 

L’institution éducative est cependant assez sûre d’elle, portée par des pratiques traditionnelles, des habitudes qui, malgré les dires, ne déstabilisent pas complètement la « culture scolaire », ni même la « forme scolaire ». Les institutions éducatives continuent pourtant de faire appel aux artistes et aux pratiques singulières dont ils sont porteurs, nous invitant ainsi à penser comment, par ces formes particulières de résidence, par leurs manières d’occuper l’espace et le temps,  l’école bouge, l’éducation change, un tant soit peu. Si peu ?…

 

 

3. La résidence d’artiste comme mode de travail de l’artiste

 Coordination : Christian Lallier (IFE/ENS)

  

La très grande majorité des artistes d’aujourd’hui s’engagent dans des espaces sociaux variés et prennent place dans un marché de l’emploi auquel contribuent grandement les politiques publiques, en particulier territoriales. Les incursions de ces artistes dans des résidences à vocation éducative et sociale, plutôt peu valorisées par certains acteurs du monde de l’Art, enrôlent cependant les artistes dans la construction de parcours professionnels singuliers, avec un élargissement des registres de compétence.

 

Cette variété de registres prend place au cœur de « dispositifs », « programmes », « projets » et autres « partenariats », autant de termes porteurs de réalités collectives et institutionnelles qui impactent les modes de travail des artistes mais aussi qu’impactent les modes de travail des artistes. Dès lors, et dans le cadre de résidences, que dire des maintiens et des transformations de la fonction artiste ? De même, comment cette intervention retentit-elle sur le travail de l’enseignant ?

 

En effet, l’artiste en résidence en milieu scolaire ne court-il pas le risque de prendre progressivement une place d’enseignant ? Que fait-il, dans son travail d’artiste en résidence, des attentes académiques (programme scolaire, évaluation des élèves...), comment s’en accommode-t-il, comment ces contraintes sont-elles intégrées ? Comment sont gérées les frontières entre ces mondes ? Entre le cadre scolaire et le cadre du processus artistique, comment trouver l’équilibre, l’harmonie, afin de fonder durablement une place de l’art dans l’école ?

 

 Respecter strictement l’histoire des « résidences » d’artistes nous projetterait au XVIIème siècle, avec la Villa Médicis comme exemple emblématique. S’il ne s’agit pas ici de s’engager dans la recherche d’une filiation sans doute discutable de la résidence éducative et sociale, il n’en est pas moins nécessaire de situer les résidences d’artistes en milieu scolaire et autres dans les perspectives historique, sociale, politique et culturelle susceptibles d’en éclairer et expliciter les enjeux. Elles ont été conçues et se sont développées à la croisée des mondes de l’art, de la culture et de l’éducation, à un certain moment de leurs histoires respectives, et portées par des politiques éducatives et culturelles, voire sociales. Ce croisement, cette rencontre, le choix même de la forme et du terme de « résidence » – enveloppant l’institution éducative d’une aura esthétisante – constituent en eux-mêmes des faits majeurs dont le colloque se propose d’interroger les significations et les enjeux. 

 

     Que cherche, que « gagne » l’école en ouvrant ses portes aux artistes ? Mais aussi : que vont chercher, que prétendent y apporter les artistes qui s’y engagent ? Comment la « résidence d’artiste » participe-t-elle du statut de l’artiste contemporain, voire de l’art contemporain ? Quelle lecture peut-on en faire du point de vue de l’histoire et de la sociologie de l’art ? Quelle lecture sur le plan esthétique ? 

 

Sans cesser d’observer la confrontation de la « création » et de « l’action pédagogique » ou de l’intervention sociale dans la résidence éducative et sociale, on s’interrogera donc sur ce qu’implique et enveloppe ce terme de résidence, et sur l’ensemble des enjeux qu’il recouvre.

 

1) Une nouvelle donne éducative.

Émergeant d’un « monde de l’Art et des arts » soucieux d’enrichir des institutions à caractère éducatif ou social, ces résidences d’artistes interrogent l’école dans son fonctionnement, son organisation spatio-temporelle jusqu’à provoquer au cœur des pratiques professionnelles un « bouleversement joyeux » ainsi que le disait une directrice d’école.

Dans quelle mesure y a-t-il transformation de l’espace ? Par exemple, la question de l’endroit où « réside » l’artiste implique-t-elle l’instauration d’un lieu dédié ? D’un point de vue temporel, assiste-t-on à une réorganisation des « emplois du temps », résultant de décisions collectives au sein de l’établissement ? On s’interrogera aussi sur les modifications des pratiques professionnelles : observe-t-on des recompositions identitaires au niveau des métiers (artiste, enseignant, éducateur, ou encore ATSEM pour les écoles « maternelles ») ? Certaines compétences nouvelles ont-elles été mises en jeu et incorporées dans ces pratiques ? Cette question des « compétences nouvelles » peut-elle être transposée aux enfants-élèves eux-mêmes, sans que l’art soit donc exclusivement « au service » d’apprentissages scolaires bien identifiés, définis par l’Institution, stables et ainsi interdits de dévoiement ?

Les résidences d’artistes conduisent les enfants à une expérience esthétique. Une expérience de l’art, qui permet d’appréhender le monde par les sens. Que nous disent de tels « dispositifs », « programmes » ou « projets », de la manière de reconsidérer « le sensible », en tant que caractéristique d’une activité humaine spécifique, et d’une production de connaissances spécifiques ? Comment cette dimension sensible et singulière de l’enfant peut-elle être entendue, reconnue voire réinvestie dans l’univers égalitaire de l’école et de son système ?

L’institution École bien qu’assez sûre d’elle, portée par des pratiques traditionnelle et, des habitudes forgeant la « culture scolaire » au sein d’une « forme scolaire », continue pourtant de faire appel aux artistes et aux pratiques singulières dont ils sont porteurs. Nous invitant ainsi, à penser comment, par ces formes particulières de résidence, l’école bouge, l’éducation change, un tant soit peu. Si peu ?…

 

2) Que reste-t-il du statut de l’artiste dans ces dispositifs ?

Nous reconnaissons sans conteste  aujourd’hui combien les bibliothèques, musées, ou théâtres bien implantés dans nos cités, participent de la construction de nos citoyennetés, représentent des sources de savoirs et de culture. L’art et les artistes habitent nos paysages. L’accès à l’art fait de la nécessité un droit. Le parcours artistique et culturel de l’élève s’installe dans la nouvelle loi d’orientation de l’Ecole. L’artiste est requis en première ligne des transformations sociales. On l’attend pour « son rapport au monde » chargé de détourner, questionner, bousculer les représentations, conduire le jeu des constructions – déconstructions sans lesquelles le dialogue s’interrompt.

Une majorité d’artistes d’aujourd’hui s’engagent dans des espaces sociaux variés et prennent place dans un marché de l’emploi auquel contribuent grandement les politiques publiques, en particulier territoriales. Les incursions de ces artistes dans des résidences à vocation éducative et sociale, plutôt peu valorisées par certains acteurs du monde de l’Art, enrôlent cependant les artistes dans des parcours professionnels ou singuliers, avec un élargissement des registres de compétence.

Cette variété de registres prend place au cœur de « dispositifs », ou autres « programmes » porteurs de réalités collectives et institutionnelles qui modifient les modes de travail des artistes. Dès lors, que dire des maintiens et des transformations de la fonction artiste ? Peut-on poser la question des frontières de l’activité et du travail artistiques ? Artiste, artiste en résidence ou artiste intervenant ? Travail d’artiste ou job alimentaire ? Que voit-on du travail de production de l’artiste dans l’école ? Qu’en reste t-il au-delà du projet ? L’artiste investi dans ces résidences éducatives et sociales, a-t-il encore le temps de ses propres projets de création ? Alors que certaines écoles d’enseignement supérieur des arts proposent des cursus préparant les artistes à ces modalités d’intervention, qu’en pense le réseau institutionnel artistique ?



22/05/2013
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